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Le point Made In France

« La France a faim »

Sébastien Ménard

19 octobre 2023

Le 3 septembre 2023, Les Restos du Cœur lancent un nouveau cri d’alarme. Rare. Brutal. Presque impensable. L’association, qui assure à elle seule environ 35 % de l’aide alimentaire en France, annonce ne plus pouvoir faire face à l’explosion des demandes.

En clair : dans l’un des pays les plus développés du monde, des millions de personnes peinent désormais à se nourrir correctement. La phrase choque. Parce qu’elle vient heurter une image profondément française : Celle d’un pays protecteur, social, agricole, nourricier. Et pourtant, la réalité est là.

Depuis des mois, l’inflation alimentaire frappe durement les ménages. Pâtes. Huile. Lait. Viande. Fruits. Légumes. Faire ses courses est devenu une source d’angoisse pour une partie croissante de la population.

Selon l’INSEE, les prix de l’alimentation ont augmenté de plus de 15 % sur un an à l’automne 2023 pour certains produits du quotidien. Et derrière les chiffres se cache une autre réalité : De plus en plus de Français sautent des repas, réduisent la qualité de leur alimentation ou renoncent à certains produits essentiels.

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs. La précarité alimentaire ne touche plus uniquement les plus pauvres. Elle gagne les étudiants, les familles monoparentales, les travailleurs modestes, certains retraités, et même une partie des classes moyennes.
Autrement dit : Des personnes qui travaillent, cotisent, vivent “normalement”… mais qui n’arrivent plus à absorber le coût de la vie. Le phénomène est profond. Car se nourrir n’est pas un détail économique.

L’alimentation touche la santé, la dignité, l’énergie, le lien social, l’éducation, et parfois même la capacité à se projeter dans l’avenir.
Une société où une partie croissante de la population mange moins bien est une société qui s’affaiblit silencieusement.

Et le paradoxe français devient immense. Nous parlons de transition écologique, de souveraineté alimentaire, de qualité nutritionnelle, de circuits courts, de santé publique… Mais dans le même temps, une partie du pays regarde d’abord le prix avant de regarder ce qu’il y a dans l’assiette. Non par désintérêt. Par contrainte. Car
quand le pouvoir d’achat recule, la nutrition devient souvent une variable d’ajustement.

C’est probablement l’une des grandes contradictions de notre époque : Nous savons de mieux en mieux ce qu’il faudrait manger… Mais une partie croissante de la population n’a plus les moyens de suivre ces recommandations.

Alors attention. La question alimentaire n’est plus uniquement un sujet agricole ou sanitaire. Elle devient un sujet social, un sujet économique, un sujet démocratique, et peut-être bientôt un sujet politique majeur.
Car aucune société ne reste stable très longtemps lorsque ses habitants ont le sentiment de ne plus pouvoir vivre dignement de leur travail.

Le cri d’alarme des Restos du Cœur dépasse donc largement la seule question associative. Il révèle quelque chose de plus profond : la fragilité silencieuse d’un pays qui doute. Et peut-être aussi une urgence collective : Repenser enfin l’alimentation non comme une simple marchandise… mais comme un bien essentiel.

Parce qu’au fond, une société qui ne parvient plus à nourrir correctement sa population n’est jamais totalement en bonne santé.

Sébastien Ménard