
Il existe parfois un fossé immense entre la manière dont certains imaginent l’entreprise et la réalité vécue chaque jour par celles et ceux qui la dirigent.
Pour certains, le chiffre d’affaires semble presque automatique. Les clients seraient naturellement au rendez-vous. Les salariés seraient une évidence. Les prestataires extérieurs seraient des dépenses superflues. Les charges seraient suspectes. Les bénéfices, eux, seraient permanents.
La réalité est pourtant tout autre.
Créer de la valeur n’a jamais été aussi difficile.
Depuis la crise sanitaire, les entreprises européennes affrontent simultanément une inflation persistante, une hausse des coûts énergétiques, des tensions de recrutement, des transformations technologiques accélérées, une concurrence mondiale toujours plus intense et une instabilité géopolitique devenue presque permanente.
Dans ce contexte, chaque euro de chiffre d’affaires doit être conquis. Chaque client doit être convaincu. Chaque collaborateur doit être recruté puis fidélisé. Chaque investissement doit être arbitré. Et chaque erreur se paie immédiatement.
La France compte aujourd’hui près de 4,5 millions de TPE et PME. Elles représentent l’immense majorité de notre tissu économique. Ce sont elles qui recrutent, forment, innovent, investissent et font vivre nos territoires.
Et contrairement à une idée parfois répandue, les Français n’ont pas renoncé à entreprendre. Bien au contraire.
L’année 2025 a battu un nouveau record avec plus de 1,16 million de créations d’entreprises. Plus de trois mille nouvelles entreprises ont ainsi vu le jour chaque jour ouvré.
Ce chiffre raconte quelque chose de magnifique. Malgré les difficultés, malgré les crises successives, malgré les incertitudes, des femmes et des hommes continuent de croire en leurs idées, en leur travail et en leur capacité à créer de la valeur.
Mais il existe une autre réalité. Une réalité beaucoup moins commentée.
L’année 2025 a également vu plus de 68 000 entreprises entrer en défaillance. Un niveau historiquement élevé. Derrière ce chiffre, ce sont plus de 260 000 emplois qui se sont retrouvés directement menacés.
Et les premiers indicateurs de 2026 ne dessinent pas encore de véritable amélioration. Certains observateurs évoquent déjà un nouveau record de défaillances pour l’année en cours.
Autrement dit, derrière chaque création célébrée se cache parfois une autre entreprise qui lutte simplement pour survivre.
Derrière chaque success story médiatisée, des milliers de dirigeants se demandent chaque matin comment payer leurs salariés, leurs fournisseurs, leurs échéances bancaires, leurs charges sociales ou simplement préserver l’activité qu’ils ont parfois mis dix, quinze ou vingt ans à construire.
Et comme si cela ne suffisait pas, le marché de l’emploi lui-même se tend. Les recrutements ralentissent. Les embauches de jeunes diplômés sont annoncées en baisse. Les entreprises reportent certains projets. L’investissement devient plus prudent.
Pourtant, un réflexe persiste parfois : considérer que toute charge est excessive et que tout résultat insuffisant traduit nécessairement une mauvaise gestion.
Comme si les dépenses d’une entreprise n’étaient pas aussi les revenus d’autres entreprises. Comme si les salaires n’étaient pas la condition même de l’activité. Comme si les experts, les consultants, les développeurs, les commerciaux, les formateurs ou les intervenants extérieurs ne participaient pas eux aussi à la création de valeur.
Une économie n’est pas un tableur Excel. C’est un écosystème vivant.
Les salaires versés par une entreprise deviennent la consommation d’un ménage. Les honoraires d’un prestataire financent sa propre activité. Les investissements d’une société deviennent le chiffre d’affaires d’une autre.
Lorsqu’une entreprise investit, elle fait vivre tout un réseau. Lorsqu’elle se contracte ou disparaît, c’est souvent toute une chaîne qui s’affaiblit.
L’entreprise n’est pas parfaite. Elle commet des erreurs. Elle doit respecter les règles. Elle doit contribuer à l’effort collectif. Mais elle mérite également d’être comprise pour ce qu’elle est réellement : un lieu de création de valeur, d’innovation, de transmission et d’engagement humain.
Lorsque plus d’un million de Français décident de créer une entreprise la même année où plus de 68 000 autres disparaissent, nous devrions peut-être regarder le monde économique avec davantage de nuance.
Car derrière les fantasmes, il y a la dure réalité.
Des femmes et des hommes qui prennent des risques. Des dirigeants qui doutent parfois. Des salariés qui s’engagent. Des entrepreneurs qui investissent. Des projets qui naissent. Et d’autres qui s’arrêtent.
Lorsque près de 70 000 entreprises disparaissent en une seule année, le sujet n’est plus seulement économique. Il devient social. Il devient territorial. Il devient politique.
Car derrière chaque faillite, il n’y a pas une ligne comptable qui disparaît. Il y a un projet. Un dirigeant. Des salariés. Des familles. Et parfois des décennies d’efforts qui s’effondrent.
Nous avons souvent tendance à regarder les entreprises lorsqu’elles réussissent. Nous devrions aussi apprendre à regarder ce qu’elles affrontent pour simplement continuer à exister.
Car l’économie ne se décrète pas. Elle se construit. Chaque jour. Par des millions de femmes et d’hommes qui entreprennent, produisent, innovent, recrutent, investissent et prennent des risques.
Et si nous voulons réellement soutenir notre économie dans cette période difficile, alors il faudra probablement avoir le courage de regarder certaines réalités en face.
Moins de normes. Moins de complexité administrative. Moins de taxes. Moins de procédures. Moins de contrôles redondants. Et davantage de souplesse, de confiance, de bienveillance et de travail.
Car la création de richesse ne naît pas de la multiplication des formulaires. Elle naît de l’initiative, de l’investissement, de la prise de risque et de l’engagement quotidien de millions d’entrepreneurs, de salariés et d’indépendants.
L’État a naturellement un rôle essentiel à jouer. Il garantit les règles du jeu, protège les citoyens, finance les services publics et assure la cohésion nationale.
Mais il devrait peut-être parfois s’appliquer à lui-même une partie des exigences qu’il adresse aux entreprises.
Car les entreprises privées accomplissent souvent avec des moyens limités, des équipes réduites et des ressources contraintes ce que de grandes administrations peinent parfois à réaliser avec des budgets considérablement supérieurs.
Elles doivent satisfaire leurs clients chaque jour. Innover en permanence. S’adapter immédiatement. Se remettre en question continuellement. Et accepter une sanction immédiate lorsqu’elles échouent : la perte de leurs clients, de leur activité ou parfois leur disparition.
Dans un monde où la concurrence est mondiale, où les talents circulent et où les capitaux se déplacent, la question n’est plus de savoir comment contrôler davantage ceux qui créent de la valeur.
La véritable question est de savoir comment leur permettre d’en créer davantage.
Car à force de considérer l’entreprise comme un problème à surveiller, nous risquons d’oublier qu’elle demeure l’une des principales solutions dont dispose notre pays pour financer son avenir.
Chez Eat 4 Good, nous avons la conviction que l’entreprise n’est pas un problème à surveiller mais une solution à encourager.
Parce qu’une entreprise qui grandit crée de l’emploi. Parce qu’une entreprise qui investit prépare l’avenir. Parce qu’une entreprise qui réussit contribue à la prospérité collective.
Car derrière chaque entreprise, il y a toujours beaucoup plus qu’un bilan comptable.
Il y a des femmes, des hommes, des rêves, des efforts, des échecs parfois, mais surtout une volonté obstinée d’avancer.
Et dans une époque qui doute souvent de tout, cette volonté mérite probablement davantage de respect que de suspicion.
À bon entendeur.
Sylvain Bonnet – Fondateur de Beautysané et entrepreneur depuis 35 ans