
Cancer du pancréas. Cancer colorectal. Cancer du sein. Cancer de la prostate. Cancer du poumon. Mélanomes.
Il suffit d’ouvrir un journal, d’écouter les informations ou simplement de discuter autour de soi pour constater une chose : certains cancers semblent occuper une place de plus en plus importante dans nos vies.
Bien sûr, cette impression mérite d’être analysée avec prudence. Nous vivons plus longtemps qu’autrefois. Les progrès du dépistage permettent également d’identifier des maladies qui seraient passées inaperçues il y a quelques décennies. Les registres médicaux sont plus complets et les diagnostics plus précis.
Mais ces explications suffisent-elles à elles seules ?
Car derrière les statistiques se cache une interrogation plus profonde.
En France, près de 433 000 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués en 2023. Il y a aussi un chiffre que je trouve encore plus parlant : 1 Français sur 2 sera confronté à un cancer au cours de sa vie.
C’est environ deux fois plus qu’au début des années 1990. Une partie de cette hausse s’explique naturellement par le vieillissement de la population et l’amélioration du dépistage. Mais pas uniquement.
Pourquoi certaines formes de cancers semblent-elles progresser ou apparaître plus fréquemment dans nos sociétés modernes ?
Le cancer du pancréas est probablement l’exemple le plus frappant. Longtemps considéré comme relativement rare, il fait aujourd’hui partie des cancers les plus redoutés. Son incidence progresse régulièrement depuis plusieurs décennies. Chez les femmes notamment, certains travaux montrent une augmentation particulièrement marquée. De nombreux spécialistes le considèrent désormais comme l’un des grands défis de santé publique des prochaines années.
Le cancer colorectal suscite lui aussi une inquiétude croissante. Si son incidence globale reste relativement stable, les médecins observent dans de nombreux pays occidentaux une augmentation des formes précoces chez les moins de 50 ans. Un phénomène suffisamment inhabituel pour mobiliser la communauté scientifique internationale.
Le cancer du poumon présente également une évolution paradoxale. Alors que sa fréquence tend à diminuer chez les hommes grâce à la baisse du tabagisme, elle continue de progresser chez les femmes, conséquence différée des évolutions comportementales observées depuis plusieurs décennies.
D’autres cancers, comme certains cancers du sein, de la prostate ou du rein, continuent également d’alimenter les recherches sur les interactions entre génétique, environnement et modes de vie. Plus largement, les chercheurs constatent une augmentation préoccupante de plusieurs cancers chez les jeunes adultes dans de nombreuses régions du monde.
La vérité est que nous ne disposons pas encore de toutes les réponses. Mais nous disposons déjà de nombreuses questions.
Car en un siècle à peine, notre environnement a profondément changé. Jamais l’humanité n’a été exposée à autant de substances chimiques de synthèse. Jamais nous n’avons produit autant de plastiques. Jamais nous n’avons modifié aussi rapidement notre alimentation, notre rapport au sommeil, à l’activité physique ou à la nature.
Aujourd’hui, les scientifiques s’intéressent à de nombreux facteurs susceptibles d’influencer notre santé sur le long terme. Les PFAS, parfois appelés « polluants éternels », sont désormais retrouvés dans l’eau, les sols et certains organismes vivants. Les microplastiques sont détectés dans les océans, les aliments, l’air que nous respirons et même dans certains tissus humains. Les perturbateurs endocriniens interrogent les chercheurs en raison de leur capacité à interférer avec les systèmes hormonaux. La pollution atmosphérique est aujourd’hui reconnue comme un facteur de risque pour plusieurs maladies chroniques, dont certains cancers.
À cela s’ajoutent d’autres évolutions de nos modes de vie : sédentarité, surpoids, alimentation ultra-transformée, stress chronique, perturbation des rythmes biologiques et du sommeil.
Pour autant, il faut résister à la tentation des conclusions simplistes. La science ne fonctionne pas par intuition. Elle fonctionne par preuves. Et dans de nombreux cas, établir un lien direct entre une exposition environnementale et l’apparition d’un cancer nécessite des années, parfois des décennies de recherche.
L’histoire nous enseigne d’ailleurs l’humilité. L’amiante a longtemps été considérée comme une innovation remarquable. Le plomb a été utilisé massivement avant que ses dangers ne soient pleinement compris. Certains pesticides ont été largement diffusés avant que leurs effets à long terme ne soient réévalués. À chaque époque, le progrès a apporté des bénéfices incontestables. À chaque époque aussi, certaines conséquences n’ont été découvertes que beaucoup plus tard.
Nous ne pouvons peut-être pas encore mesurer précisément la part de responsabilité de chaque pollution moderne. Mais les faisceaux d’indices s’accumulent. PFAS, particules fines, perturbateurs endocriniens, certains pesticides, pollution atmosphérique ou microplastiques : de plus en plus d’études suggèrent que le prix sanitaire de notre modernité pourrait être bien plus élevé que ce que nous avions imaginé.
Certes, la science continue d’explorer, de mesurer et de débattre. C’est sa mission. Mais l’accumulation des signaux faibles, des alertes sanitaires et des travaux de recherche invite à une forme de prudence collective. Car attendre la certitude absolue a parfois conduit, dans l’histoire, à découvrir trop tard les conséquences de certains choix technologiques ou industriels.
Les chiffres dont nous disposons aujourd’hui ne démontrent pas que les PFAS, les microplastiques, les perturbateurs endocriniens ou la pollution atmosphérique sont responsables à eux seuls de l’augmentation de certains cancers. Mais ils rappellent une chose essentielle : lorsque certaines maladies progressent durablement dans une société, il est légitime de s’interroger sur l’ensemble des transformations de son environnement.
Car au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir si tel ou tel produit est responsable de tel ou tel cancer. La véritable question est de savoir si nous étudions suffisamment vite les conséquences sanitaires de notre propre modernité.
Une société responsable ne se contente pas de soigner. Elle cherche aussi à comprendre. Comprendre pourquoi certaines maladies progressent. Comprendre comment les prévenir. Comprendre quels choix collectifs permettront de protéger les générations futures.
Le cancer est une maladie complexe. Ses causes sont souvent multiples : génétiques, comportementales, environnementales, professionnelles ou liées au vieillissement. Mais face à l’augmentation des interrogations, une chose paraît certaine : nous ne pouvons plus opposer santé, économie, innovation et environnement. Ces sujets sont désormais intimement liés.
Pendant des décennies, nous avons étudié les bénéfices du progrès. Peut-être est-il temps d’étudier avec la même énergie ses effets secondaires.
Chez Eat 4 Good, nous croyons profondément que la santé de demain ne se construira pas uniquement dans les laboratoires ou dans les hôpitaux.
Elle se construira aussi dans nos assiettes, dans nos modes de vie, dans la qualité de notre environnement et dans notre capacité collective à réduire les risques que nous faisons peser sur nous-mêmes.
Prévenir plutôt que subir. Comprendre plutôt que nier. Agir plutôt qu’attendre.
C’est probablement l’un des plus grands défis sanitaires du XXIe siècle.
Et si protéger la planète n’a peut-être jamais été autre chose qu’une manière de nous protéger nous-mêmes?
Parce qu’en matière de cancer, la plus grande victoire ne sera jamais le meilleur médicament.
La plus grande victoire sera toujours le cancer qui n’apparaît pas.