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La voix des générations futures

« Migration, immigration : le monde de demain sera-
t-il encore habitable ensemble ? »

Sébastien Ménard

19 septembre 2023

En septembre 2023, Pape François se rend à Marseille. Une ville symbole. Une ville-port. Une ville-frontière. Une ville-monde.

Le 23 septembre, devant près de 60 000 personnes réunies pour une messe géante au stade Vélodrome, en présence du couple présidentiel français, le pape prononce une phrase qui résonnera bien au-delà du religieux : « Ceux qui risquent leur vie en
mer n’envahissent pas, ils cherchent hospitalité. »

En quelques mots, le sujet migratoire revient au cœur du débat européen. Un débat devenu explosif. Car derrière les chiffres, les embarcations et les tensions politiques, une question immense apparaît : Comment allons-nous continuer à vivre ensemble
dans un monde de plus en plus instable ?

Le sujet migratoire est probablement l’un des plus complexes de notre époque. Parce qu’il mélange humanité, frontières, identité, pauvreté, géopolitique, climat, économie, sécurité, et démographie…
Et surtout parce qu’il oppose souvent deux peurs. D’un côté : La peur du chaos humain, de la misère, des naufrages, des drames en Méditerranée, et de l’abandon de notre devoir moral. De l’autre : La peur du déclassement, de la perte de repères, de la pression sociale, des tensions culturelles, et d’une mondialisation devenue
incontrôlable. Or le problème est que ces deux peurs existent réellement.

C’est probablement ce qui rend ce débat si inflammable.
Car les migrations mondiales vont très probablement augmenter dans les prochaines décennies. Pourquoi ?

Parce que le monde cumule désormais plusieurs facteurs majeurs :
– dérèglement climatique,
– conflits géopolitiques,
– explosion démographique dans certaines régions,
– inégalités économiques,
– tensions alimentaires,
– accès à l’eau,
– instabilité politique.

Autrement dit : La question migratoire de demain ne sera probablement plus marginale. Elle deviendra structurelle. Le monde entre dans une période où des millions d’êtres humains chercheront de la sécurité, de l’eau, de la nourriture, du travail, ou simplement une vie plus stable. Et l’Europe sera forcément confrontée à cette réalité.

Mais attention. Refuser de voir la souffrance humaine serait une faute morale. Tout comme refuser les inquiétudes des populations européennes serait une faute politique. Car une société qui ne maîtrise plus ses frontières finit souvent par perdre aussi sa capacité à organiser sereinement le vivre-ensemble.

L’enjeu n’est donc ni l’angélisme, ni la brutalité. L’enjeu est probablement de construire un modèle lucide et humain. Un modèle capable d’accueillir dignement, d’intégrer réellement, de protéger les plus fragiles, mais aussi de préserver la cohésion sociale et démocratique des sociétés d’accueil.

Car le vrai danger est peut-être là : Voir les sociétés occidentales se fracturer durablement sous l’effet combiné des peurs identitaires, des tensions économiques et des crises migratoires.

Au fond, la question posée par le pape François dépasse largement la seule immigration. Elle touche à quelque chose de plus profond : Quelle humanité voulons-nous rester dans un monde sous tension ?

Car demain, la grande frontière ne sera peut-être plus seulement géographique. Elle sera aussi morale, sociale et civilisationnelle

Sébastien Ménard