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Le point Made In France

« Un record de plus. Et ce n’est pas une bonne
nouvelle. »

Sébastien Ménard

19 janvier 2023

Nous avons longtemps aimé les records. Records sportifs. Records technologiques. Records économiques. Records de croissance. Mais depuis quelques années, une autre catégorie de records s’installe dans notre quotidien. Et ceux-là inquiètent.

Le 1er janvier 2023, la France connaît l’une des journées les plus chaudes jamais enregistrées en hiver depuis le début des relevés météorologiques en 1947.
À Dax, le thermomètre grimpe jusqu’à 24°C. À Besançon, 18,6°C sont relevés en plein cœur de l’hiver. Quelques semaines plus tard, le 17 février, Météo-France annonce un fait inédit : La France vient de traverser 27 jours sans pluie significative. Du jamais vu en hiver.

Et derrière ces records successifs, une réalité commence à s’imposer : Le dérèglement climatique n’est plus une hypothèse lointaine. Il devient une expérience concrète.

Pendant longtemps, le changement climatique restait pour beaucoup une abstraction scientifique. Un sujet de conférences. De rapports internationaux. De débats politiques. Aujourd’hui, il entre dans le quotidien.

Hivers anormalement doux. Sécheresses précoces. Incendies massifs. Tempêtes plus violentes. Crues soudaines. Stress hydrique. Le climat semble progressivement sortir de ses repères historiques. Et ce qui frappe le plus, peut-être, est la vitesse du phénomène. Car au fond, ce qui inquiète les scientifiques n’est pas uniquement le
réchauffement lui-même. C’est l’accélération.

Une accélération qui bouleverse l’agriculture, l’eau, les écosystèmes, la biodiversité, les infrastructures, les assurances, l’énergie et demain probablement une partie de nos équilibres économiques et sociaux.

Le sujet climatique n’est donc plus seulement un sujet environnemental. Il devient un sujet sanitaire, un sujet agricole, un sujet géopolitique, un sujet économique et un sujet de stabilité collective. Car une planète plus chaude est aussi une planète plus
instable.

Et pourtant, malgré les signaux qui s’accumulent, nos sociétés semblent encore hésiter entre deux attitudes : L’inquiétude… Et le déni.

Comme si reconnaître pleinement l’ampleur du problème obligeait aussi à reconnaître la nécessité de transformer profondément nos modèles de vie.
Produire autrement. Consommer autrement. Se déplacer autrement. Construire autrement. Habiter autrement. La difficulté est immense. Car personne ne souhaite réellement renoncer à son confort. Et pourtant, tout indique que le monde de demain exigera des formes nouvelles d’adaptation. Non par idéologie. Par nécessité.

Attention toutefois : L’écologie ne pourra pas réussir contre les populations. Une transition écologique vécue comme punitive, culpabilisante ou socialement injuste risque de produire l’effet inverse : De la colère, du rejet et une fracture démocratique durable.

L’enjeu sera donc considérable : Réussir à concilier écologie, qualité de vie, pouvoir d’achat et stabilité sociale. Autrement dit : Réussir à protéger le vivant…Sans fracturer davantage les sociétés humaines.

Car derrière ces records climatiques, une autre question apparaît déjà : Sommes-nous encore capables de penser le long terme dans un monde devenu obsédé par l’urgence immédiate ?

Et peut-être est-ce là, au fond, le plus grand défi de notre époque.

Sébastien Ménard