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Le point Made In France

« Le travail c’est la santé. Ah bon ? »

Sébastien Ménard

19 janvier 2023

Le gouvernement a donc tranché. Le 10 janvier 2023, la Première ministre Élisabeth Borne présente officiellement la réforme des retraites : Le report progressif de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans d’ici 2030.

Immédiatement, la colère monte. Manifestations. Blocages. Débats télévisés. Opposition syndicale. Tensions politiques. Comme souvent en France, la réforme des retraites devient bien plus qu’un simple sujet budgétaire. Elle devient un miroir de notre rapport au travail.
Car derrière les chiffres, une question beaucoup plus profonde apparaît : Les Français veulent-ils réellement travailler plus longtemps ? Et surtout : Dans quel état physique, psychologique et social travaillent-ils aujourd’hui ?

Pendant des années, nous avons glorifié la performance permanente. Toujours plus vite. Toujours plus connecté. Toujours plus disponible. Toujours plus rentable. Le travail a progressivement quitté le simple cadre économique pour devenir un marqueur identitaire total.
Il faut réussir. Produire. Optimiser. Rester compétitif. Mais dans le même temps, les burn-out explosent. Les troubles anxieux progressent. Les dépressions augmentent. La fatigue mentale devient massive.

Les chiffres de 2022 et 2023 sont d’ailleurs particulièrement inquiétants. Selon plusieurs études relayées par les acteurs de la santé au travail, près de 34 % des salariés français se déclaraient en situation de burn-out ou de risque de burn-out en 2022, dont environ 13 % à un niveau sévère. Cela représenterait près de 2,5 millions de personnes. 
Les femmes apparaissent particulièrement exposées : 27 % des salariées déclaraient être en situation d’épuisement professionnel, contre 18 % des hommes. 
Dans le même temps, la santé mentale au travail se dégrade fortement : Près d’un salarié sur deux se disait en détresse psychologique en 2023. 

Et derrière ces statistiques, il y a une réalité beaucoup plus brutale :
Désengagement, arrêts maladie, démissions silencieuses, perte de sens… parfois même idées suicidaires.

L’INRS rappelle d’ailleurs qu’en 2016 plus de 5 % des actifs déclaraient avoir eu des pensées suicidaires, et qu’une étude de Santé publique France estime qu’environ 10% des suicides analysés pourraient avoir un lien potentiel avec le travail. 

Alors forcément, une partie du pays ne comprend plus.
Comment demander de travailler plus longtemps dans une société où tant de personnes ont déjà le sentiment de finir leurs semaines épuisées ? Le paradoxe est là.

Nous vivons probablement dans l’une des sociétés technologiquement les plus avancées de l’histoire… Mais nous avons rarement semblé aussi fatigués.
Bien sûr, le sujet des retraites est aussi un sujet démographique et économique. L’allongement de l’espérance de vie. Le déséquilibre entre actifs et retraités. La soutenabilité du système. Ces réalités existent. Les ignorer serait irresponsable. Mais l’erreur serait de réduire cette question à un simple calcul comptable. Car le vrai
débat dépasse largement l’âge légal de départ.


La vraie question est peut-être : Quel rapport voulons-nous entretenir avec le travail dans les décennies à venir ?
Le travail doit-il uniquement être un outil de production économique ? Ou doit-il aussi permettre : une vie équilibrée, une santé préservée, une utilité sociale, un sentiment d’accomplissement, et du temps pour vivre ?
Car au fond, une société moderne ne devrait pas seulement chercher à allonger la durée du travail. Elle devrait surtout chercher à améliorer la qualité de la vie au travail.

Peut-être que la véritable modernité ne consiste pas simplement à travailler plus longtemps. Mais à construire un modèle où l’on puisse travailler longtemps… Sans s’épuiser.

Et la nuance change tout !

bastien Ménard
Co-fondateur EAT FOR GOOD GROUP