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L'assiette du futur

« Fruits et légumes : manger sain devient-il un luxe ?»

Sébastien MENARD 

20 février 2024

+16 %. 

C’est l’augmentation moyenne du prix des fruits et légumes entre 2022 et 2023 selon un rapport publié par Familles Rurales en 2023. Un chiffre important. Mais surtout un signal inquiétant. Car derrière cette hausse se cache une question beaucoup plus profonde : Dans le monde de demain, bien manger restera-t-il accessible au plus grand nombre ?

Depuis plusieurs années, les discours sur la santé publique se multiplient. Manger plus équilibré. Consommer davantage de fruits et légumes. Réduire les produits ultra-transformés. Prévenir les maladies chroniques.

Sur le principe, tout le monde semble d’accord. Mais dans la réalité du quotidien, une contradiction devient de plus en plus visible : Les produits les plus favorables à la santé deviennent parfois aussi les plus difficiles à acheter pour une partie de la population.

Le phénomène est particulièrement marqué dans les familles modestes. Quand les prix augmentent  le budget alimentaire devient une variable d’ajustement, les arbitrages se multiplient et le prix prend souvent le dessus sur la qualité nutritionnelle. 

Non par manque d’éducation. Mais par contrainte économique. Car lorsqu’un foyer doit surveiller chaque euro, la priorité devient naturellement : Manger suffisamment avant de manger idéalement. 

Le risque est immense.

Une alimentation plus chère crée progressivement une fracture sanitaire.

D’un côté : Ceux qui peuvent continuer à accéder à une alimentation variée, fraîche et qualitative.

De l’autre : Ceux qui basculent davantage vers des produits moins coûteux, souvent plus transformés, plus sucrés, plus gras ou moins nutritifs.

Autrement dit : La question alimentaire devient aussi une question d’inégalités sociales. Et les conséquences dépassent largement le simple contenu de l’assiette.

Car l’alimentation influence :

  • la santé,
  • l’énergie,
  • le sommeil,
  • la concentration,
  • les maladies chroniques,
  • la qualité de vie,
  • et même parfois la réussite scolaire ou professionnelle.

Une société qui mange moins bien est souvent une société qui s’épuise plus vite.

Pourtant, le problème est complexe. Car derrière la hausse des prix des fruits et légumes se trouvent aussi les coûts de production, les sécheresses, le prix de l’énergie, les transports, les tensions agricoles et les effets du dérèglement climatique.

Autrement dit : Les producteurs eux-mêmes subissent des contraintes considérables.

Là encore, opposer consommateurs et agriculteurs serait une erreur.

Le véritable enjeu est probablement ailleurs 

Comment construire un modèle alimentaire capable de rester sain, durable, accessible, et économiquement viable pour ceux qui produisent ?

Car au fond, l’alimentation ne peut pas devenir un privilège réservé aux catégories les plus favorisées.

Bien manger ne devrait jamais être considéré comme un luxe.

Mais comme l’une des bases essentielles d’une société en bonne santé. Et peut-être qu’une civilisation moderne se mesure aussi à cela : Sa capacité à permettre au plus grand nombre de bien se nourrir durablement.

C’est aussi celle la notre mission ! 

Sébastien MENARD 

Président EAT FOR GOOD