
Il n’est plus possible de parler du climat comme d’un horizon lointain. Ni comme d’un sujet abstrait réservé aux conférences internationales ou aux rapports d’experts.
Selon Autorité environnementale française, « l’année 2023 a été marquée par des événements climatiques d’une ampleur exceptionnelle jusque-là en France, entre sécheresse et inondations touchant diversement les territoires métropolitains ou ultra-marins ».
Cette phrase n’est pas militante. Elle est factuelle. Et c’est précisément ce qui la rend difficile à regarder en face. Car en juillet 2023, le climat n’est plus un débat. C’est un réel. Brut. Concret. Inégal.
Des territoires manquent d’eau pendant que d’autres sont submergés. Des activités économiques sont interrompues. Des infrastructures cèdent. Des populations encaissent, s’adaptent, parfois renoncent. Et pourtant, collectivement, nous continuons souvent à raisonner comme si tout cela relevait encore de l’exception.
Ce n’est plus le cas. Le dérèglement climatique n’est pas une crise ponctuelle. C’est une nouvelle condition. Un cadre durable dans lequel il va falloir apprendre à décider, produire, investir, gouverner. Cela change tout. Cela change la manière d’aménager les territoires. Cela change la manière de penser l’agriculture, l’énergie, l’eau. Cela change la manière de diriger des entreprises, d’assurer des activités, de protéger des populations. Et surtout, cela impose de sortir de deux impasses confortables.
La première, c’est le déni mou. Celui qui reconnaît le problème du bout des lèvres, mais continue comme avant, en espérant que l’innovation ou le temps régleront le reste.
La seconde, c’est la panique morale. Celle qui transforme chaque événement en apocalypse, chaque désaccord en faute, chaque retard en culpabilité collective.
Entre les deux, il existe une voie plus difficile : celle de la lucidité responsable. Regarder le réel tel qu’il est. Accepter que les chocs climatiques vont se multiplier. Admettre que tout ne sera pas évitable. Et organiser, sans posture, la capacité d’adaptation.
Le climat oblige à une chose essentielle : penser le temps long dans un monde obsédé par l’immédiat. Il oblige à hiérarchiser. À arbitrer. À renoncer parfois. À décider souvent.
En juillet 2023, la question n’est donc plus : « Faut-il agir ? »
La question est devenue : « Sommes-nous prêts à changer nos manières de faire, de produire, de gouverner — vraiment ? »
Le climat ne négocie pas. Il ne s’adapte pas à nos agendas politiques ou économiques. Il impose son rythme, ses contraintes, ses limites. Le reste — discours, promesses, déclarations — n’aura de valeur que s’il se traduit en actes concrets, mesurables, assumés. Le réel climatique est là. À nous de décider si nous voulons continuer à le commenter ou enfin apprendre à vivre et agir avec lui.
Sébastien Menard – Co-fondateur EATFORGOOD