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Maintenant ou jamais !

Planifier, enfin

Sébastien Menard - Co-fondateur EATFORGOOD

10 octobre 2023

En octobre 2023, Emmanuel Macron annonce qu’une « stratégie biodiversité » sera présentée dans le cadre de la planification écologique. L’annonce est forte. Le mot est lourd de sens. Et il mérite que l’on s’y arrête. Car pendant longtemps, l’écologie a été traitée comme une addition de mesures, de normes, de discours parfois contradictoires. Un empilement de bonnes intentions, souvent déconnectées des réalités économiques, sociales et territoriales.

Parler de planification, c’est reconnaître autre chose : que le sujet n’est plus marginal, qu’il ne relève plus de l’ajustement, mais d’une stratégie de long terme. Et c’est une rupture importante.

La biodiversité n’est pas un supplément d’âme. Elle n’est pas un sujet “en plus”, à traiter quand tout le reste va bien. Elle est devenue une condition de stabilité : des sols, de l’eau, de l’agriculture, de la santé, de l’économie.

En clair : sans biodiversité, il n’y a pas de prospérité durable. Mais annoncer une stratégie ne suffit pas. Le vrai enjeu de cette planification écologique sera sa crédibilité.

Planifier, ce n’est pas seulement fixer des objectifs. C’est accepter de hiérarchiser. D’arbitrer. De dire ce que l’on fait, mais aussi ce que l’on ne fera plus. C’est là que le sujet devient politique au sens noble. Car protéger la biodiversité implique des choix difficiles : sur l’aménagement du territoire, sur certains modèles agricoles, sur des pratiques industrielles, sur des usages ancrés de longue date.

La planification écologique ne peut pas être une écologie hors-sol. Elle doit être territorialisée, compréhensible, négociée, assumée. Sinon, elle restera un document de plus, sans prise sur le réel.

Il y a aussi une autre question, plus dérangeante : sommes-nous collectivement prêts à entendre que la transition écologique ne sera ni indolore ni instantanée ?

La biodiversité ne se restaure pas à coups de slogans. Elle se reconstruit dans le temps long, avec de la constance, des moyens, et une stabilité des décisions publiques.

Planifier, c’est accepter de penser au-delà du cycle électoral. C’est accepter que les résultats visibles ne soient pas immédiats. C’est une forme de maturité politique.

En octobre 2023, l’annonce d’une stratégie biodiversité est donc un signal. Pas encore une garantie. Un point de départ, pas une victoire. 

La question essentielle reste ouverte : cette planification saura-t-elle articuler écologie, économie et cohésion sociale — ou restera-t-elle une écologie de papier ?

La transition écologique ne manque pas de mots. Elle manque encore de décisions pleinement assumées.C’est là que la planification devra prouver qu’elle n’est pas qu’un concept, mais un véritable choix de société.

Sébastien Menard – Co-fondateur EATFORGOOD