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L'assiette du futur

Peut-on vraiment tout manger pour vivre plus longtemps ?

5 octobre 2026

Cette semaine, un article m’a interpellé: Il raconte les habitudes alimentaires et le mode de vie de Silvio Garattini, 97 ans, médecin, pharmacologue et chercheur italien, qui continue à travailler et à défendre depuis des décennies une médecine fondée sur la prévention.

À 97 ans, forcément, lorsqu’un homme de science parle de longévité, j’ai tendance à l’écouter.

Non pas parce qu’il détiendrait une recette miracle pour vivre centenaire. Justement, son discours dit plutôt l’inverse.

Pas de potion magique. Pas d’aliment miracle. Pas de promesse d’immortalité.

Mais quelques principes finalement très simples.

Manger moins, mais mieux

Ce qui frappe d’abord dans son témoignage, c’est la sobriété.

Silvio Garattini explique privilégier une alimentation simple, largement inspirée du modèle méditerranéen : légumes, fruits, céréales, légumineuses, poisson, huile d’olive… avec une consommation beaucoup plus mesurée de viande et d’aliments très transformés.

Et surtout : ne pas manger plus que ce dont le corps a besoin.

Cette idée peut paraître presque banale. Pourtant, elle rejoint l’un des champs les plus intéressants de la recherche sur le vieillissement : celui de l’équilibre énergétique et de la restriction calorique.

Chez l’animal, la restriction calorique sans dénutrition a montré des effets parfois spectaculaires sur la durée de vie. Chez l’être humain, les choses sont évidemment plus complexes, mais plusieurs travaux suggèrent qu’une réduction raisonnable des apports énergétiques peut améliorer certains marqueurs métaboliques et cardiovasculaires.

Le sujet n’est donc pas de s’affamer pour vivre plus longtemps.

Il est d’éviter de passer des décennies à demander en permanence à notre organisme de gérer des excès.

Le petit-déjeuner n’est pas un concours

Là encore, son approche est simple: Pas de petit-déjeuner gigantesque sous prétexte qu’il serait obligatoirement « le repas le plus important de la journée ». Du lait, du café, quelques biscuits selon les habitudes qu’il décrit. Puis des repas simples, sans surenchère.

Cela m’intéresse parce que nous avons parfois transformé la nutrition en une accumulation d’injonctions. Il faudrait manger ceci à telle heure, supprimer cela, ajouter tel superaliment, prendre telle molécule…

Alors que la longévité semble d’abord se construire sur la répétition, pendant des années, de comportements raisonnables.

Le régime méditerranéen reste une référence

Sur ce point, la littérature scientifique est beaucoup plus solide: L’alimentation méditerranéenne est associée dans de nombreuses études à une meilleure santé cardiovasculaire et à une diminution du risque de plusieurs maladies chroniques.

Pourquoi ?

Probablement parce qu’elle agit simultanément sur plusieurs leviers : qualité des graisses, fibres, polyphénols, équilibre glycémique, microbiote, inflammation…

Et c’est peut-être là une leçon essentielle.

Notre corps ne fonctionne pas en silos.

Le cœur, le cerveau, les muscles, le métabolisme, le sommeil et l’inflammation vieillissent ensemble.

La longévité ne peut donc pas se résumer à la consommation d’un aliment ou d’un complément.

Vivre longtemps, c’est aussi continuer à bouger

Autre élément intéressant chez Silvio Garattini : à 97 ans, il reste actif.

Et c’est probablement aussi important que ce qu’il met dans son assiette.

Avec l’âge, préserver sa masse musculaire devient déterminant. Le muscle n’est pas seulement ce qui permet de marcher ou de monter un escalier. C’est aussi un véritable organe métabolique.

Maintenir sa force, son équilibre et sa capacité cardiovasculaire contribue à préserver l’autonomie.

C’est pourquoi je pense que nous faisons parfois fausse route lorsque nous parlons uniquement de durée de vie.

La vraie question est plutôt :

combien d’années allons-nous vivre en bonne santé, autonomes, mobiles, lucides et capables de profiter de notre vie ?

C’est toute la différence entre lifespan et healthspan.

Et les compléments alimentaires ?

Évidemment, c’est un sujet qui m’intéresse particulièrement.

Mais là encore, il faut remettre les choses dans le bon ordre.

Un complément alimentaire ne compensera jamais durablement une mauvaise alimentation, la sédentarité, un sommeil catastrophique ou des excès permanents.

En revanche, lorsqu’un besoin est identifié, lorsque l’alimentation ne suffit pas ou lorsqu’une situation physiologique particulière le justifie, la nutraceutique peut devenir un outil intéressant.

La logique devrait être :

comprendre → mesurer → agir → mesurer à nouveau.

Pas consommer au hasard en espérant que quelque chose fonctionne.

La longévité commence beaucoup plus tôt qu’on ne le pense

C’est probablement ce que je retiens le plus de cette histoire.

À 30, 40 ou 50 ans, nous avons tendance à considérer les maladies liées au vieillissement comme quelque chose de lointain.

Pourtant, une partie de ce qui déterminera notre état de santé à 70 ou 80 ans se construit maintenant.

Notre alimentation. Notre activité physique. Notre masse musculaire. Notre sommeil. Notre poids et notre santé métabolique. Notre consommation d’alcool et de tabac. Notre capacité à surveiller certains facteurs de risque avant qu’ils ne deviennent des maladies.

La longévité n’est donc probablement pas une discipline réservée aux personnes âgées.

C’est une stratégie qui se construit tout au long de la vie.

97 ans… et toujours au travail

C’est finalement cela qui m’a interpellé dans l’histoire de Silvio Garattini.

Pas simplement son âge. Mais ce qu’il est encore capable de faire à cet âge.

Parce que vivre jusqu’à 97 ans n’a pas beaucoup d’intérêt si les vingt dernières années sont synonymes de dépendance et de maladie.

L’ambition devrait être différente :

ajouter de la vie aux années autant que des années à la vie.

Et lorsqu’on regarde les habitudes décrites par cet homme de 97 ans, le message est finalement beaucoup moins spectaculaire que certaines promesses de la « longévité ».

Manger simplement. Éviter les excès. Bouger. Préserver son corps. Prévenir plutôt que réparer.

Et recommencer demain. Puis après-demain. Pendant des décennies.

On ne mange pas pour devenir immortel.

On mange, on bouge et on prend soin de soi pour avoir davantage de chances de rester vivant… au sens plein du terme.

Sébastien Ménard 

Co-fondateur EAT FOR GOOD GROUP 


Sources

Marie France, article consacré aux habitudes alimentaires et aux conseils de longévité de Silvio Garattini, 97 ans.

MSN France, reprise de l’article consacré à Silvio Garattini et aux aliments qu’il privilégie du petit-déjeuner au dîner.

Travaux et prises de parole de Silvio Garattini, médecin et pharmacologue italien, fondateur de l’Institut Mario Negri de recherches pharmacologiques