
56 601. C’est le nombre de défaillances d’entreprises enregistrées en France en 2023.
Et surtout un chiffre symbolique : Le niveau dépasse désormais d’environ 8 % celui observé avant la crise sanitaire. Mais un
autre chiffre mérite aussi d’être regardé. Car dans le même temps, la France continue de créer énormément d’entreprises.
Selon l’INSEE, plus de 1 million d’entreprises ont encore été créées en 2023, un niveau historiquement élevé. Autrement dit : Le pays traverse un paradoxe économique.
D’un côté : Des faillites en hausse, des trésoreries sous tension, des dirigeants fragilisés. De l’autre : Une forte dynamique entrepreneuriale, une envie de créer, d’innover, de se lancer, de reprendre le contrôle de son activité ou de son destin professionnel.
Cette double réalité raconte quelque chose de profond sur la société française. Car malgré les crises, malgré l’incertitude et malgré la fatigue économique, l’esprit entrepreneurial reste puissant. Mais il évolue.
Créer une entreprise aujourd’hui n’a plus exactement la même signification qu’il y a vingt ans.
Pour certains, entreprendre représente : une recherche de liberté, un refus des modèles traditionnels, une quête de sens, ou la volonté de construire un mode de vie plus autonome.
Pour d’autres, c’est parfois aussi une nécessité économique dans un monde du travail plus instable.
Mais derrière les statistiques, il y a surtout des histoires humaines. Des dirigeants épuisés. Des salariés inquiets. Des familles fragilisées. Des indépendants qui voient parfois plusieurs années de travail disparaître en quelques mois.
Car une entreprise n’est jamais uniquement une structure juridique ou comptable. C’est aussi du temps, des sacrifices, des risques, des relations humaines, et souvent une part importante de la vie de ceux qui l’ont construite.
Le sujet des défaillances révèle d’ailleurs une transformation plus large du climat économique. Pendant longtemps, beaucoup d’entreprises ont vécu dans un environnement d’argent peu cher, de mondialisation fluide, de croissance relativement stable, et de consommation soutenue. Ce monde change.
L’argent coûte plus cher. Les banques deviennent plus prudentes. Les
consommateurs arbitrent davantage. Les tensions géopolitiques compliquent les chaînes d’approvisionnement. L’économie mondiale semble entrer dans une période plus exigeante. Une période où la résilience redevient aussi importante que la croissance. Et cela change profondément la manière de piloter une entreprise.
Demain, les organisations les plus solides ne seront peut-être pas forcément les plus rapides, les plus agressives, ou les plus visibles. Mais celles capables d’anticiper, de gérer leurs risques, de préserver leur trésorerie, de créer de la confiance, et de maintenir une vision de long terme dans un environnement instable.
Cette période rappelle aussi une vérité souvent oubliée : L’économie n’est jamais totalement déconnectée du reste de la société.
Quand les entreprises souffrent, l’emploi souffre, les territoires souffrent, les familles souffrent et parfois la confiance collective elle-même se fragilise.
Car derrière les faillites économiques apparaissent souvent de la fatigue sociale, du doute, et un sentiment croissant d’incertitude.
2024 s’annonce donc comme une année décisive. Une année où beaucoup d’entreprises devront s’adapter, se transformer, rationaliser, innover, et parfois réinventer entièrement leur modèle.
Le défi sera immense. Mais peut-être cette période marque-t-elle aussi la fin d’une illusion : Celle d’une économie mondiale durablement protégée de toute fragilité.
Et au fond, retrouver le sens du réel n’est pas forcément une mauvaise chose. À condition de ne pas oublier l’humain derrière les chiffres
Sébastien MENARD
Président EAT FOR GOOD